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Allergies vs sensibilités alimentaires

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Les sensibilités alimentaires sont mal comprises. Il se trouve même des gens à qui les dangers des allergies n’inspirent qu’un haussement d’épaules. Or, il se peut qu’une intolérance alimentaire ne provoque que des symptômes bénins, mais une allergie peut être mortelle. Voici comment distinguer les différents degrés de sensibilité, comment atténuer les symptômes de l’intolérance alimentaire et comment aider une personne qui a une réaction anaphylactique.

Selon Santé Canada, « [u]ne sensibilité alimentaire se manifeste par une réaction indésirable à un aliment que les individus en général peuvent consommer sans danger[1]. » Il y a trois types de sensibilités alimentaires, qui se différencient par les effets des aliments sur le corps et la gravité des réactions.

  • « Une allergie alimentaire consiste en une sensibilité provoquée par une réaction du système immunitaire à une protéine particulière se trouvant dans un aliment¹. » Le système immunitaire des personnes allergiques confond une protéine alimentaire avec un élément dangereux et réagit en produisant des anticorps de classe immunoglobine E (IgE). Exposé à nouveau à cette même protéine, il libère immédiatement les anticorps IgE en plus de substances chimiques comme l’histamine. L’histamine peut provoquer des réactions dans tout le corps, y compris le système respiratoire, le tractus gastro-intestinal, la peau ou le système cardiovasculaire. Les allergies alimentaires peuvent même être fatales (nous y reviendrons). Elles « toucheraient jusqu’à 6 % des jeunes enfants, et de 3 % à 4 % des adultes[2]. »
  • «Une sensibilité chimique survient lorsque des substances chimiques naturellement présentes ou ajoutées dans des aliments provoquent une réaction indésirable¹. » Ces substances chimiques sont entre autres la caféine du café, la tartrazine, un colorant alimentaire utilisé dans la confection de certaines friandises, la tyramine, une amine qu’on trouve dans les fromages vieillis et le vin rouge, le glutamate monosodique (MSG), utilisé pour rehausser les saveurs, et les salicylates, présents dans la pelure de certains légumes et fruits ainsi que dans le thé et certaines épices. Effets possibles d’une sensibilité chimique : migraines, respiration sifflante, éruptions cutanées, diarrhée, cerveau embrouillé, hyperactivité.
  • L’intolérance alimentaireest une forme de sensibilité alimentaire qui ne touche pas le système immunitaire. Il faut habituellement une portion normale pour en provoquer les symptômes, à la différence de l’allergie alimentaire et de la sensibilité chimique, qu’une quantité minime suffit à déclencher. L’intolérance alimentaire se manifeste souvent dans le système gastro-intestinal et est généralement causée par l’incapacité de digérer certains aliments. Elle n’est pas assortie d’un danger de mort immédiat, au contraire de l’allergie, mais elle peut tout de même entraîner la malnutrition et d’autres troubles inhérents à l’incapacité du corps de bien absorber les nutriments dont il a besoin.

Allergie au lait et intolérance au lactose

Beaucoup de gens confondent l’allergie aux produits laitiers et l’intolérance au lactose. Or, voilà un parfait exemple de la différence entre l’allergie et l’intolérance alimentaires. Une personne intolérante au lactose ne produit pas assez de l’enzyme digestive appelée lactase, qui décompose un sucre des produits laitiers appelé lactose. Plus de 70 % de la population humaine ont de faibles niveaux de lactase et ont donc du mal à digérer les produits laitiers[3]. En consommant des produits laitiers, une personne intolérante au lactose risque des crampes d’estomac, des flatulences, des ballonnements ou la diarrhée.

Il existe quelques solutions : des produits laitiers sans lactose, des compléments alimentaires contenant de la lactase, pris de 5 à 30 minutes avant de manger ou de boire des produits laitiers[4], ou des probiotiques. Il semble en effet que certaines souches des probiotiques bifidobacterium et lactobacillus produisent de la lactase⁴. Des chercheurs qui ont étudié 15 rapports d’études sur l’efficacité de ces produits ont constaté, dans les résultats, une « [traduction] relation globalement positive entre probiotiques et intolérance au lactose[5]. » Si vous souffrez d’une intolérance au lactose, demandez à votre médecin si les enzymes digestives et les probiotiques sont indiqués pour vous.

Certes, l’intolérance au lactose peut être très désagréable, mais elle diffère de l’allergie au lait, qui est une réaction immunitaire de type allergique à la caséine et au lactosérum, deux protéines contenues dans les produits laitiers. En revanche, l’allergie aux produits laitiers peut mettre immédiatement en danger la vie de la personne qui en souffre[6].

Anaphylaxie

Les symptômes d’une réaction immunitaire d’origine allergique peuvent s’aggraver très rapidement, jusqu’à la forme la plus préoccupante : l’anaphylaxie. Ces symptômes sont notamment des difficultés respiratoires et une chute de la pression sanguine pouvant provoquer l’inconscience, voire la mort. Une réaction allergique peut combiner divers symptômes[7].

Système

Symptômes d’une allergie alimentaire

Cutané

Urticaire, œdème (visage, lèvres, langue), démangeaisons, sensation de chaleur, rougeur.

Respiratoire

Toux, respiration sifflante, essoufflement, douleur ou constriction de la poitrine, constriction de la gorge, voix rauque, difficulté à avaler, congestion nasale ou symptômes de type « rhume des foins » (nez qui coule ou qui pique, larmoiement, éternuements).

Gastro-intestinal

Nausée, douleurs ou crampes, vomissements, diarrhée.

Cardiovasculaire

Peau plus pâle que la normale ou bleutée, faible pouls, perte de conscience, étourdissements ou vertiges, état de choc.

Autre

Anxiété, sentiment de danger imminent, maux de tête, crampes utérines, goût métallique dans la bouche.

 

Au Canada, jusqu’à 700 000 personnes risquent l’anaphylaxie des suites d’une allergie à certains aliments ou à des piqûres d’insectes. Des milliers d’autres y sont exposées en raison d’une allergie à des médicaments ou d’autres causes[8] 

Allergènes alimentaires prioritaires au Canada

La plupart des gens associent l’allergie anaphylactique aux arachides ou aux fruits de mer, mais en réalité, tous les aliments peuvent causer l’anaphylaxie chez une personne allergique, y compris fraises, kiwis, ail, aubergines, céleri, porc et bœuf. Santé Canada a dressé une liste des aliments, appelés allergènes prioritaires, qui sont responsables de la majeure partie des allergies. L’étiquette de ces produits doit préciser s’ils contiennent l’un ou l’autre des ingrédients suivants : arachides, noix (amandes, noisettes, noix de cajou, noix de Grenoble, noix de macadam, noix du Brésil, pacanes, pignons et pistaches), graines de sésame, lait, œufs, poisson, crustacés et mollusques, soja, blé ou triticale (hybride du blé et du seigle) et graines de moutarde³. Les sulfites, utilisés comme additifs alimentaires, figurent aussi dans la liste parce que même sans provoquer une véritable réaction immunitaire d’origine allergique, ils entraînent des réactions qui s’apparentent aux symptômes d’allergie.

Législation sur les allergènes à l’école

En 2006, la « Loi de Sabrina » est devenue la première loi au monde sur les allergènes. Elle oblige toutes les commissions scolaires publiques de l’Ontario à élaborer une politique destinée à aider les élèves souffrant d’allergies graves et à l’actualiser régulièrement. La loi a servi de modèle ailleurs au Canada ainsi qu’aux États‑Unis, et l’interdiction des arachides et des noix est désormais assez répandue. La loi porte le nom de Sabrina Shannon, une élève de 9e année (3e secondaire) morte en 2003 d’une réaction anaphylactique à un produit laitier. Son organisme a vraisemblablement réagi à une contamination croisée survenue à la cafétéria de l’école parce qu’un ustensile employé pour servir de la poutine a ensuite été utilisé pour lui servir des frites[9]. La politique doit tenir compte des allergènes alimentaires anaphylactiques qui touchent chaque élève qui fréquente chaque école une année donnée.

Au Canada, un cinquième des enfants et adolescents souffrant d’allergies alimentaires est victime d’intimidation à cause de ces allergies[10].

Que faire en cas de réaction anaphylactique?

Il faut souligner d’abord que les symptômes d’allergies alimentaires diffèrent d’une personne à une autre et qu’une même personne peut présenter des symptômes différents chaque fois qu’elle a une réaction allergique. En cas de doute, utiliser un auto-injecteur d’épinéphrine (EpiPenMD) puis appeler le 911. L’épinéphrine est une hormone – l’adrénaline – sous forme médicamenteuse. En cas de réaction anaphylactique, une injection d’épinéphrine aide à garder les voies respiratoires ouvertes et stabilise la pression sanguine. Il n’y a pas à s’inquiéter : l’épinéphrine n’est pas dangereuse si elle administrée par erreur à une personne en santé qui n’a pas vraiment de réaction allergique.

Pour utiliser l’EpiPenMD, rappelez-vous ces mots : « bleu vers le plafond, orange pour l’injection ». Cela signifie qu’il faut : 1) retirer le bouchon bleu (en le tirant tout droit, sans le plier ni le tordre); 2) placer le bout orange contre l’extérieur de la cuisse (éviter les poches et les coutures des pantalons); et 3) pousser fermement jusqu’à ce que l’auto-injecteur soit activé, et attendre 3 secondes. Les instructions sont imprimées sur l’auto-injecteur EpiPenMD ³.                                

Ressources

Il existe plusieurs ressources à l’usage des personnes qui souffrent d’allergies alimentaires. En voici quelques-unes.

  • Allergies alimentaires Canada est une organisation pancanadienne sans but lucratif qui informe la population et défend les intérêts des personnes souffrant d’allergies alimentaires, soit plus de 2,6 millions de Canadiens. Site : Allergies alimentaires Canada
  • Connaître les allergies offre des cours en ligne sur l’anaphylaxie à l’intention des personnes qui sont dans l’entourage des personnes touchées, notamment les parents, le personnel des garderies et des écoles et les entraîneurs. Site : Connaître les allergies
  • L’Agence canadienne d’inspection des aliments publie des alertes à l’allergie si un aliment présente un risque d’allergie non déclarée. Site : Agence canadienne d'inspection des aliments

Si vous présentez une réaction indésirable à un aliment, même minime et peu importe sa nature, consultez votre médecin de famille qui vérifiera si vous avez une allergie, une intolérance ou un autre type de sensibilité. S’il s’agit d’une allergie, une première réaction sans gravité peut s’aggraver la prochaine fois que vous serez exposé au même aliment. Il vaut toujours mieux être au courant et se préparer.

[1] Santé Canada. Les allergies alimentaires et les intolérances alimentaires. Consulté le 28 janvier 2019 à l’adresse https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/aliments-nutrition/salubrite-aliments/allergies-alimentaires-intolerances-alimentaires.html

[2] Santé Canada. Sensibilités et intolérances alimentaires. Consulté le 29 janvier 2019 à l’adresse  https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/allergies-alimentaires-et-intolerances-alimentaires/intolerances-alimentaires/sensibilites-et-intolerances-alimentaires.html.

[3] S. Ugidos-Rodriguez, M.C. Matallana-Gonzalez, et M.C. Sanchez-Mata (2018). « Lactose malabsorption and intolerance: a review », Food Funct., 15 août, vol. 9, no 8, p. 4056-4068.

[4] F. Fassio, M.S. Facioni, et F. Guagnini (2018). « Lactose Maldigestion, Malabsorption, and Intolerance: A Comprehensive Review with a Focus on Current Management and Future Perspectives », Nutrients, novembre, vol. 10, no 11, p. 1599.

[5] S.J. Oak et R. Jha (2018). « The effects of probiotics in lactose intolerance: A systematic review », Crit Rev Food Sci Nutri, 9 février, p. 1-9.

[6] Santé Canada (2017). Lait – Allergène alimentaire prioritaire. Consulté le 28 janvier 2019 à l’adresse https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/aliments-nutrition/rapports-publications/salubrite-aliments/lait-allergene-alimentaire-prioritaire.html.

[7] Santé Canada (2017). Noix – Allergènes alimentaires prioritaires. Consulté le 28 janvier 2019 à l’adresse https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/aliments-nutrition/rapports-publications/salubrite-aliments/noix-allergenes-alimentaires-prioritaires.html.

[8] Allergies alimentaires Canada. Cours « L’anaphylaxie dans la collectivité ». Consulté le 29 janvier 2019 à l’adresse https://www.connaitrelesallergies.ca/cours/fr-2018-lanaphylaxie-dans-la-collectivite/module-1/comprendre-lanaphylaxie/a-propos-de-lanaphylaxie/

[9] Allergies alimentaires Canada. La Loi de Sabrina. Consulté le 29 janvier 2019 à l’adresse : https://allergiesalimentairescanada.ca/ressources/loi-de-sabrina/.

[10] B. Torabi et coll. (2016). « The impact of bullying in Canadian children with confirmed food allergy and its influence on wearing medical identification », Paediatrics and Child Health, vol. 21, no 5, p. E39-E42.

[11] Pfizer Canada Inc. Comment utiliser l’auto-injecteur EpiPenMD. Consulté le 29 janvier 2019 à l’adresse https://www.epipen.ca/fr/about-epipen/how-to-use.